Dès 1927, le père Lhande, dans son best-seller « Le Christ dans la Banlieue », alerte l’opinion sur le besoin urgent d’églises et d’évangélisateurs dans les « milieux
ouvriers de la banlieue de Paris ». Ainsi, le secteur La Courneuve-Bobigny-Drancy « attend toujours ses canalisations, son électricité, ses magasins rutilants, son cinéma. Ce que Paris lui a envoyé, ce sont d’abord par milliers et milliers, ses pauvres hères, ses indésirables, ses Turcs, ses Serbes, ses Tchécoslovaques, ses Arabes puis, plus tard, dès qu’on a pu construire un peu proprement, ses ouvriers, ses cheminots, ses petits employés. Il s’érige là, chaque mois, une centaine de constructions nouvelles…».
« Ah ! Le gros nuage que nous apercevons, là bas, au nord de la paroisse (de La Courneuve), au point dit les Quatre routes ! Il y a de quoi troubler pour longtemps le sommeil de l’abbé Dallant ! Six, huit mille nouveaux immigrés se sont rués sur la terre libre entre Pantin et le Bourget. Les champignons au toit de tuile rouge poussent à qui mieux mieux. On est à trois kilomètres de toute église. » L’abomination !
Le terrain avait été acheté par l’abbé Dallant en 1923. En 1928, on y construit une maison d’œuvre : salle, chapelle, avec logement pour un prêtre, l’abbé Le Quellec, qui fut envoyé en Janvier 1929. Ce breton choisit saint Yves comme patron pour l’église. Depuis 1924, un autre prêtre avait commencé à rassembler de jeunes ouvriers du quartier dans une salle, rue Danton. La paroisse est née. Un dispensaire, confié aux Sœurs de Saint-Vincent de Paul, et un jardin d’enfants s’ouvraient également ; manquait l’église. Elle sera offerte par un couple de bienfaiteur ; le vicomte et la vicomtesse de Gourcuff. On dit que, désireux de bâtir une église, ils sont venus aux Quatre routes de la Courneuve, signalé comme lieu propice, et y virent un bébé couché dans une caisse à savon !
Les architectes Bridet et Robert dessinèrent les plans. La première pierre fut posée le 15 Juin 1930, par le Cardinal Verdier qui revint bénir la nouvelle église (16ème des Chantiers du Cardinal) le 26 novembre 1933. On dit que le Cardinal fit de fréquentes visites à Saint-Yves, l’une des nouvelles églises qu’il préférait : il la fit visiter à de nombreuses personnalités.
L’église présente une élégante silhouette avec un svelte clocher au toit pointu, qui surplombe le porche en arc brisé. En béton armé recouvert de briques rouges, l’intérieur mesure 45,6 mètres de long sur 23,22 mètres dans le transept ; en croix latine, avec de grands arcs en forme ogivale, il ne comporte aucune colonne. Un peu sombre, ses proportions simples, majestueuses et harmonieuses sont éclairées par des vitraux de Baleau et, surtout par un très grand lustre parfaitement centré. La sonorisation rénovée permet à la paroisse d’y faire jouer en permanence une musique religieuse qui accentue la sérénité des lieux.
La paroisse compte 16 500 habitants, sur La Courneuve, Drancy (cités des Cosmonautes et de la Résistance, centre commercial) et Bobigny. La Courneuve, 35000 habitants, compte une autre paroisse autour de l’antique église Saint-Lucien. Dans la cité « des 4 000 » construites à partir de 1963, une chapelle, l’Emmanuel a été bâtie par l’architecte Paliès, place Georges-Braque.
La population de la paroisse est plus cosmopolite encore que dans les années 1930, avec plus de quarante nationalités fréquentant l’église ! Les enfants d’Italiens, Espagnols ou Polonais sont implantés depuis longtemps. Aujourd’hui, on trouve des Indiens, des Sri Lankais, des Philippins, des arrivants du Viêt-Nam, désormais aussi de Chine et d’Europe centrale et orientale, des Maghrébins et Turcs, des Africains francophones ou autres (Cap-Vert), des Antillais, d’Haïti et toute la Caraïbe, des Latino-Américains… Toutes les religions sont présentes à La Courneuve, et Saint-Yves voit passer en journée des anonymes de toutes confessions. Le quartier compte deux ou trois lieux de culte musulman, hindouiste ou bouddhiste, sans compter les sectes évangélistes américaines, très influentes chez les Africains et les Antillais. Comme Saint-Yves est accueillante et bien située beaucoup de gens y entrent dans la journée pour rencontrer le Christ ou l’inclure dans leur panthéon personnel. Des musulmans entrent saluer le prêtre, une référence religieuse pour tout le quartier. Des Hindouistes viennent allumer des cierges. « Notre église est un signe d’unité et un lieu de rassemblement pour des nations diverses », observe le père Christian Brunet, curé pendant six ans.
Notre maison de prière est élargie à toutes les spiritualités du Monde… Les chemins de chacun, dans sa culture et son approche du sacré, sont mystérieux, mais ce rayonnement de l’église ne répond-il pas à l’espoir de ses fondateurs ? Le père Brunet nous dit sa joie d’accompagner un nombre croissant de personnes de tous âges et de toutes origines vers le baptême ou la confirmation. Le catéchisme traditionnel des jeunes, déjà baptisés, prend d’avantage d’importance avec 25 enfants par niveaux. Mais surtout, « la communauté devient de plus en plus catéchuménale » avec, entre les adolescents et les jeunes adultes, plus de 25 personnes, d’origine chrétienne ou non, qui se préparent actuellement au baptême. Un renouveau de l’Eglise qui réjouit profondément le père Brunet.
L’église est au carrefour des Quatre routes (18 mai 45), terminus du métro 7, centre de nombreuses lignes de bus, passage du tram T1 (Saint-Denis - Bobigny). A toutes heures de la journée, nombreux sont les passants. Trois jours par semaine, le marché couvert attire une foule importante de tout le département.
Sur l’avenue Lénine, l’église présente l’ensemble cohérent et harmonieux d’une petite « cité de Dieu » en briques rouges. Deux sœurs de Saint-Vincent de Paul animent toujours le dispensaire et aux heures d’école, parents et enfants de la maternelle font retentir leurs cris familiers. En effet, la paroisse est remarquablement située et facile d’accès au centre du diocèse : de fait, on imaginerait volontiers la grande salle paroissiale faite à neuf, remplie de choristes, de retraitants, de jeunes ou de moins jeunes en formation ou réflexion. Amis donateurs des Chantiers, suivez le chemin des bienfaiteurs fondateurs de Saint-Yves de La Courneuve, pour que ce centre paroissial rayonne plus largement sur le grand diocèse de Saint-Denis !
Un dernier message du père Brunet : seul prêtre, partagé entre la paroisse et l’aumônerie de l’hôpital Avicenne de Bobigny, il peine à répondre à tous ces gens ! Quelle que soit leur origine géographique et religieuse, la paroisse de La Courneuve est, pour beaucoup, un signe d’espérance dans un quotidien difficile et déraciné. Cet automne, le contrôle accru des frontières n’a pas permis à la paroisse d’accueillir un nouveau prêtre étudiant étranger. En 1929, le diocèse envoyait des renforts à La Courneuve pour constituer cette église de pierres vivantes. Aujourd’hui, comme hier, dans ce site stratégique au centre du département, une nombreuse population défavorisée recherche la présence de Dieu. Des vocations naîtront de ces rencontres improbables. Alors, vous les jeunes, répondez à l’appel du Christ pour soutenir les prêtres d’aujourd’hui et de demain et rencontrer le Monde entier à La Courneuve !
(d’après des Chantiers du Cardinal en 2001, par Pierre Vérot)
En Septembre 2002 notre Evêque Mgr Olivier de Bérranger confie notre paroisse à des religieux ; les prêtres du Sacré-Cœur de Saint-Quentin (prêtres dehoniens). Le père Georges Deptula a été curé pendant 3 ans. Depuis Septembre 2005 le père Zbigniew KOWAL est curé, assisté actuellement d’un diacre René-Marie GUILON. Les Prêtres du Sacré-Cœur sont au service de la Paroisse St Yves jusqu’à 31 août 2008. En septembre nous allons accueillir les Prêtres Lazaristes : Père Benoît KITCHEY (curé), Père Vincent GOGUEY (vicaire), Diacre Eric JACQUET et Séminariste Marcio PENA.
